16 Mars 2025

Eh oui, me revoilà. Comme quoi tout arrive, comme quoi, tout compte fait, le monde semble ergodique : tout ce qui peut arriver à chaque instant finira par se produire. C’était écrit. 
C’est une situation quelque peu embarrassante. La dernière entrée date du 22 janvier 2023. Combien de temps s’est-il écoulé ? Je préfère compter en silence. Je n’avais même plus pénétré en ces lieux depuis. Il fallut qu’un ami mentionne ce blog au cours d’un apéro pour qu’il me revienne en boomerang et que je songe à oser le consulter. Je relus alors presque chaque article, presque en entier.  
Ce ne fut pourtant pas une expérience désagréable et je m’étonnais de devoir parfois prendre un peu de recul dans le dossier de ma chaise : « Mais c’est pas mal du tout ! C’est bien fait ! Ça, c’est une bonne formule ! »
Mais je ne suis pas revenu d’entre les morts pour me jeter des fleurs (des chrysanthèmes), en tout cas pas uniquement (bien qu’il faille que quelqu’un s’y attelle pour garder espoir et l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même) ; j’étais au contraire le premier surpris que, malgré les années écoulées, tout n’ait pas mal vieilli. Tout n’a pas bien vieilli non plus, rassurez-vous ; et il est sain aussi de froncer les sourcils, de se faire honte de telle phrase puérile ou maladroite et de vouloir la remettre sur l’établi, la fourrer à nouveau dans la pétrisseuse et lui infliger une correction bien méritée. Mais tout de même, il y a de beaux restes et, serais-je le seul à le penser, c’est déjà pas mal ; c’est même infiniment mieux que si je ne le pensais pas. 


Cette prise de conscience devait alors, après deux ans d’inactivité et presque plus d’un an sans avoir quasiment rien écrit, apporter le doute fatidique : suis-je encore capable de faire ça ? Et comprenez bien toute la tension tragique de cette question : le « ça » susmentionné est bien loin du niveau auquel j’aspire, du niveau publication et au-delà. Il se cache donc derrière cette subite hésitation une peur amère et une angoisse grandissante : ai-je, d’une façon ou d’une autre, par manque de discipline, par faiblesse de volonté, par absence de passion, gâché un quelconque talent en gestation ? C’est une vieille connaissance, que je retrouve de temps en temps, lorsque des velléités de reconquérir le pouvoir me motivent à écrire ; elle m’apparaît à l’instant même du désastre (pour reprendre les mots de Julos Beaucarne), où je constate un vide absolu d’idées. Un désert aurait-il par ma faute remplacé une friche cultivable ? Pour qui pense déjà ne pas avoir le temps de faire quoi que ce soit avant la fin, pour qui s’effraie si souvent d’une routine étouffante, il y a là une urgence tragique. Ai-je, à vingt-six ans, hypothéqué mon avenir ? Est-ce aussi le goût amer que laisse à un rockeur le jour de son vingt-huitième anniversaire ? 
J’aime cette image, cette analogie qui me sauta en tête. Alors, la machine pourrait-elle se relancer ? Suffirait-il d’un peu plus de dégrippant et d’huile de coude ? En fait, l’écriture de ce texte ne fut même pas difficile, bien moins que je l’aurais cru. Il est beaucoup plus simple de s’y mettre, quitte à se forcer au démarrage, que de vivre avec une renonciation supplémentaire. Car celle-ci apporte dans son sillage nombre de questions désagréables auxquelles je ne peux ni ne veux répondre : « Pourquoi ? », « Aimé-je vraiment écrire, si je suis incapable d’écrire quoi que ce soit et préfère reculer à chaque occasion ? », « Me suis-je donc construit sur un doux rêve plutôt que sur une véritable passion ? »… Oui, en se forçant, les premiers instants sont pénibles, parfois aussi les seconds. Mais d’avoir achevé le premier jet de cet article, je me sens heureux et léger. Il y a bien encore au fond une joie réelle de la création, un désir espiègle de coudre et de tordre les mots. 
Je me sens plus motivé que jamais, après avoir senti le poids de l’abandon et le soulagement du bonheur simple d’avoir écrit. J’ai l’impression de redécouvrir chaque fois ce cercle vertueux : la pratique encourage la créativité, dont la gratification encourage à son tour la pratique. C’est le pendant exact du cercle vicieux : la procrastination (par peur de l’échec plus que par flemme) rouille la créativité et le savoir-faire technique, dont l’absence terrifiante actualise le risque d’échec et justifie le refus d’obstacle. J’espère ne pas perdre, cette fois encore, ma belle inertie.


Honnêtement, je déborde d’idées de projets à poster ici, mais je ne veux plus faire de promesses. Toutes ces idées sont bien sûr plus ambitieuses, complexes et incompréhensibles les unes que les autres et représentent donc beaucoup de travail. Quelques mots, cependant, sur l’avenir idéal de cet espace.
Il faut revenir à son manifeste : un lieu d’exercice, de création et de liberté. Dans cet objectif, je souhaiterais me proposer régulièrement des énoncés plus ou moins ouverts, appelant à l’invention à la fois stylistique et sur le fond. C’est avec des exercices bizarres et difficiles que l’on apprend le mieux. Que l’on apprend aussi des choses bizarres et difficiles, donc je prêterai attention à travailler également une narration plus simple et une forme plus directe. 
En parallèle, quiconque lit ce blog pourrait essayer à leur tour de faire l’exercice et me l’envoie sur une adresse spécifique. Je pourrais alors les poster dans une section spéciale du site, pour créer un espace collaboratif, d’échange et d’apprentissage collectif. Chacun est libre de n’en avoir ni le temps ni l’envie, mais j’aime l’idée d’envisager l’invention littéraire comme communauté.
Je songe aussi à bien d’autres formats, mais n’en parlons pas encore. Tout est chronophage et je veux finir en 2025 un manuscrit, un vrai, pour publication. Je ne sais pas bien où j’en suis, mais peut-être bien à la moitié. Je crois cependant qu’avec de l’expérience et en éliminant la pollution des écrans et des infinite feeds, tout est possible. 
Si le projet vous emballe, n’hésitez pas à en parler autour de vous ; on peut bien se faire une fierté de ne pas se soucier des chiffres, ils sont motivants. Je vais essayer de revenir dans deux semaines (et non pas deux ans) avec une proposition à l’énoncé suivant : 
« Début damné ». 

Bonne semaine !

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